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GRAVELINES ou GRAVELINGE (V)

Par J. Verleyen

Neptunus 175

Avant-poste côtier des Ducs de Bourgogne...


Cette qualification d'avant-poste côtier, sur laquelle insiste Roger DEGRYSE, reflète très bien la réalité. Gravelines était déjà située à la limite de deux provinces du Royaume de France, la Flandre et l'Artois. Avec la prise de Calais par les Anglais, le 4 août 1347, une frontière nouvelle et toute proche apparaît. Cette fois, il s'agit d'une frontière entre états, bien que le Roi d'Angleterre se dit également Roi de France.

Du coup, Gravelines devient le petit coin isolé et peu sûr dont la valeur comme port de pêche ou port de commerce va tomber à rien ou presque, pour la Flandre et pour la France, même avant la destruction de 1383. S'il faut en croire deux auteurs (dont H. PIERS, déjà cité) auxquels se réfère J. FINOT, Gravelines fut même occupé par les Anglais, en 1347, peu après la prise de Calais. Quoi d'étonnant à cela et qui eut pu s'y opposer ? Le Roi de France, Philippe VI, est complètement vaincu. Il mourra du reste en 1350 dans un pays ravagé par une terrible épidémie de peste. Par ailleurs, nous avons vu le jeune Comte de Flandre, Louis de Male, rescapé lui-même de Crécy, entamer son règne dans des conditions bien pénibles.

Ce n'est pas le moment de faire respecter ses droits en cette pointe extrême du comté et face aux Anglais. Jean II le Bon succède à son père sur le trône de France. A l'intérieur, il doit faire face à une véritable guerre civile qui se complique d'une révolte sociale des paysans et des exactions de bandes de mercenaires que l'on ne sait plus payer. A l'extérieur, l'Anglais demeure toujours menaçant et écrase, une nouvelle fois, l'armée royale de France à la bataille de Poitiers, le 19 septembre 1356. Jean II le Bon est fait prisonnier dans ce combat mais un de ses fils, Philippe (notre futur premier Duc de Bourgogne !), s'y est distingué par sa bravoure. Il en conservera le surnom de « Hardi ». Rien d'étonnant donc à ce que les Anglais soient toujours, en toute quiétude, à Gravelines. Mais, Edouard III rencontre moins de succès et il échoue dans une tentative de se faire couronner Roi de France à Reims. Il accepte donc de négocier avec son prisonnier, Jean II le Bon. Ces négociations conduisent à la signature du traité de Brétigny (près de Chartres), le 24 octobre 1360. Ce traité est dur pour la France qui doit reconnaître la cession de Bayonne, Bordeaux, La Rochelle, Abbeville et Calais avec les régions qui en dépendent. C'est ainsi que le Ponthieu est cédé avec Abbeville. Quant au Calaisis cédé, il comprend les villes de Guines et d'Ardres mais non Gravelines que les Anglais doivent donc évacuer. La limite des Anglais est fixée sur l'Aa (terre d'Oye). Quant à Jean II le Bon, il est libéré moyennant une rançon énorme qu'il ne saura pas payer complètement. Chevaleresquement, il retournera volon­tairement mourir en Angleterre, le 8 avril 1364.

Son fils, Charles V le Sage, monte à son tour sur le trône dans les pires conditions mais il ne l'entend pas de cette oreille. En quelques années, il va rétablir son autorité en France, se débarrassant des factieux et des aventuriers, et faire face à l'Anglais. Il est aidé en cela par plusieurs hommes de haute valeur. L'Amiral Jean de Vienne (le malheureux mais vaillant défenseur de Calais en 1347) ira inquiéter l'Angleterre en croisant jusque sur ses côtes en 1377 et en en 1380 (1). Et puis, il y a le fameux Connétable Bertrand du Guesclin, popularisé et légendarisé par les histoires illustrées pour le bon peuple et pour les enfants. Il l'est encore dans des bandes dessinées. On a dit de lui qu'il a créé les opérations de commandos, réussissant des coups de main étonnants. Il va liquider les factieux navarrais et conduire en Espagne les « Grandes Compagnies » de mercenaires qui écumaient le pays. Il va ensuite s'attaquer aux Anglais et, p. ex. en 1373, il s'empare de l'île de Jersey. Enfin, il y a un homme qui aide grandement son frère et c'est Philippe le Hardi, notre futur premier Duc de Bourgogne. Parallèlement, notre Comte de Flandre, Louis de Male, est en train de rétablir la situation dans son comté et ce n'est pas pour rien que Charles V le Sage réalise, en 1369, le « mariage flamand » (selon l'expression d'auteurs français) de son frère Philippe le Hardi avec Marguerite de Male, unique héritière de Flandre.

En 1376, Charles V le Sage reprend aux Anglais une partie de leur conquête réduisant ainsi la tête de pont de Calais. En cette même année 1376,

Ardres et l'Ardrésis forment le « gouvernement d'Ardres   rattaché à la province royale de Picardie. Le « baillage royal d’Ardres, malgré le titre de baillage souverain dont il était doté, ressortis-sait au baillage de Montreuil (Montreuil jadis sur mer et encore appelée Montreuil-sur-mer, à l'embouchure de la Canche). Cette région prit le nom de « Pays-Conquis   à ne pas confondre avec celui de « Pays-Reconquis   qui va faire son apparition, en 1558, lors de la reprise totale du Calaisis par la France. Le territoire demeuré aux Anglais, après 1376, était donc borné, à l'Est, par la nouvelle entité territoriale de l'Ardrésis ; au Nord, par l'Aa (c.-à-d. les approches de la rive gauche de l'Aa) ; à l'Ouest, par la mer, et, au Sud, par le Boulon­nais. Il en résulte donc que, pendant un laps de temps assez long, Gravelines va posséder une frontière commune avec les Anglais tandis que deux frontières intérieures, celles de l'Artois et de l'Ardrésis (c.-à-d. de la Picardie) ne seront pas éloignées. Les deux villes de Guines et d'Ardres, distantes l'une de l'autre d'une douzaine de kilomètres, furent donc prises par les Anglais, en 1347, en même temps que Calais mais, dès 1376, Ardres est reprise par le Roi de France. C'est entre ces deux villes, l'une anglaise et l'autre française, que sera établi, en 1520, le fameux « Camp du Drap d'Or   auquel nous aurons à faire allusion à propos de Charles Quint. Cette campagne victorieuse de 1376 explique comment il se fait que l'année suivante, en 1377, Philippe le Hardi, qui défend déjà le futur héritage de son épouse, occupa, sans coup férir, Gravelines où les Anglais étaient revenus, en dépit du traité de Brétigny.

Roger DEGRYSE nous a dit que la prise de Calais entraîna aussitôt l'insécurité du port de Gravelines dès avant sa destruction et que les bateaux de pêche gravelinois faisant escale en Angleterre se firent plus rares, au cours de cette époque, pour disparaître complètement après 1383. En comparant ce que nous dit Roger DEGRYSE avec l'exposé qui précède, on peut se demander si certaines de ces unités n'ont pas, parfois, quitté le port de Gravelines sous contrôle anglais.

À propos de la frontière séparant Gravelines de la tête de pont anglaise de Calais, nous avons parlé d'une frontière entre états, frontière qui subsistera jusqu'en 1558. Mais, entretemps, les limites intérieures avec les provinces royales françaises vont se muer, elles aussi, en frontières entre états. À quel moment ? Ici, nous percevons une légère mais nette différence de longueur d'ondes entre l'enseignement de l'histoire professé en France et celui professé en Belgique. Nous avons appris, dans « notre histoire de Belgique   que Philippe le Hardi ouvre, pour nous, l'ère des Ducs de Bourgogne. Nous avons appris que son petit-fils, le troisième Duc de Bourgogne Philippe le Bon, peut être considéré comme le fondateur de la Belgique (on pourrait dire des Pays-Bas également).

L'enseignement de l'histoire étant devenu plus réaliste, on nous dit que Charles V le Sage, en réalisant le « mariage flamand   n'avait d'autre but que de rattacher solidement à la couronne de France cette province turbulente de Flandre, qu'il ne pouvait prévoir que le contraire allait en résulter, que cette création de l'état bourguignon ne s'est pas faite du jour au lendemain et que, par exemple, le premier Duc de Bourgogne Philippe le Hardi (celui qui va retenir, en premier lieu, notre attention) est demeuré, avant tout, un prince français (ce qui ne l'a pas empêché de bien défendre nos régions). Certains de nos voisins du Sud solutionnent le problème autrement et en commençant par la fin. Ils disent que la rupture définitive entre la France et les états de Bourgogne ne se produisit qu'en 1477, à la mort de Charles le Téméraire. C'est Marie de Bourgogne, fille unique de Charles le Téméraire, qui en est la responsable. Au lieu d'épouser le futur Roi de France Charles VIII, mariage qui eut entraîné le rattachement des vastes domaines de Bourgogne à la couronne de France, elle épouse un étranger venu de loin et qui n'avait rien à faire dans nos régions. Ainsi, la Maison de Habsbourg s'installe à la tête de ces magnifiques provinces et tout le reste en découle alors automatiquement : Charles Quint, les Habsbourgs d'Espagne d'abord et puis, à nouveau, les Habs­bourgs d'Autriche avec tous les conflits franco-habsbourgeois qui en résulteront. D'autres auteurs ne compliquent pas tant les choses et, pour expliquer à leurs lecteurs comment il se fait que Gravelines dont ils ont parlé jusqu'alors comme d'une ville française, est devenue une ville espagnole, se bornent à dire que cette situation résulte d'une série de mariages et de successions.

Comme quoi, malgré des divergences, tout le monde est d'accord pour considérer que Gravelines occupe une position frontière de 1347 à 1659, année du Traité des Pyrénées, vis-à-vis des Anglais jusqu'en 1558 et vis-à-vis de la France depuis une date déjà antérieure.

François de Madrys, qui fut intendant de la Flandre Maritime de 1680 à 1699, résumait ainsi la situation dans un rapport adressé au Roy Louis XIV :
« La ville de Gravelines est une petite ville fortifiée qui a 1567 toises de circuit et contient 284 mai sons, 1162 habitants. Elle est située sur la rivière d'Aa, à un quart de lieue de la mer, à moitié chemin de Dunkerque à Calais, c'est à dire à quatre lieues de l'une et l'autre ville. Elle a toujours été plus considérable par sa situation que par le nombre de ses habitants ».
C'est en citant cette observation qu'il considère comme empreinte de la plus grande justesse, que Jules FINOT, déjà cité, entame l'introduction historique qui précède l'Inventaire Sommaire des Archives de Gravelines.

Voyons maintenant ce que va faire le Duc de Bourgogne puisque c'est lui, désormais, qui succède au Comte de Flandre dans l'exercice de l'autorité.

La reprise en mains du territoire côtier de l'Aa à l'Yser...

Lorsque Louis de Male mourut à Saint-Orner, le 30 janvier 1384, son beau-fils, Philippe le Hardi, héritait d'une Flandre en proie aux plus grandes difficultés internes et externes. À l'intérieur, Philippe le Hardi parvint, assez rapidement, à ramener la paix dans ce pays ravagé et divisé par la guerre civile. Le Duc se révéla habile et, par la Paix de Tournai du 18 décembre 1385, il obtint la soumission totale des communes flamandes, y compris Gand, moyennant la garantie de leurs privi­lèges, franchises et coutumes et une amnistie totale pour les rebelles. En échange, lui et son épouse, Marguerite de Male, furent reconnus comme les souverains du pays. Il obtint aussi le retour des marchands allemands de la Hanse qui avaient quitté la Flandre. Nous y reviendrons.

Sur la côte, de l'estuaire de l'Aa à celui de l'Yser, tout était à refaire. Les villes avaient été pillées et brûlées et des bandes armées anglaises continuaient à parcourir la région, y entretenant l'insécurité. Essayons de voir ce qui s'est passé à Nieuport, à Dunkerque et à Gravelines.

En ce qui regarde Nieuport, Camille WYBO, déjà cité, note que Philippe le Hardi fit exécuter le dévasement de l'Yser dès 1385 et que par un octroi vidimé par Jehan de Ghistelles, Capitaine général des Flandres, il ordonna la construction d'une enceinte autour de Nieuport et la reconstruction du château. La ville fut entouré de fossés mesurant « dix verges ou plus de largeur et la profondeur à l'advenant ». Deux portes fortifiées, dont celle du Port, et quarante tours crénelées complétaient l'ouvrage. Le fait qu'en 1395, Jehan de Ghistelles, accompagné de son épouse et de son fils, vint en visite officielle à Nieuport et y fut reçu en grande pompe, pourrait faire supposer que les fortifications étaient achevées ou, en tous les cas, très avancées dans leur construction. Il existe encore, au Musée Communal de Nieuport, parmi d'autres magnifiques tableaux anciens échappés par miracle à la destruction de la ville en 1914, un triptyque attribué à Lancelot Blondeel, ce Léonard de Vinci de chez nous. Le panneau central est consacré à la vie de Saint Antoine l'Ermite ou du Désert (le populaire « Saint Antoine et son cochon » très vénéré sur notre côte). Les deux panneaux latéraux représentent le port et les fortifications de Nieuport au XVe siècle. On remarque que, au-delà d'une porte fortifiée (sans nul doute, celle du Port), le rempart est constitué par une levée de terre. Ceci fournit l'occasion de faire une mise au point nécessaire au sujet des villes fortifiées. On a dit, trop facilement, que les villes furent entourées de murailles dès leur création. Le Professeur Dr. A. VERHULST avait déjà imposé la prudence sur ce point, en ce qui concerne Gravelines. Nous avons vu, par ailleurs, que Gravelines n'était encore entourée que d'une palissade en 1383. On a dit, trop souvent et trop facilement également, que les villes fortifiées étaient toujours entourées complètement d'épaisses murailles crénelées ce qui fait penser immédiatement à la Cité de Carcassonne. Certes, il y a eu des murs et il en subsiste même des vestiges, parfois anciens, comme à Bruxelles ou à Tournai. La ville de Montreuil-sur-Mer, que nous avons citée à propos de l'Ardrésis, possède encore de vieux murs. Cette ville est même, parfois, surnommée la « Carcassonne du Nord ». Mais, bien souvent, les villes étaient entourées d'une épaisse levée de terre dominant le fossé avec des portes fortifiées et, aux endroits propices, des tours construites en dur comme les portes. Bruges possède encore, entre la Porte de Damme et la Porte Sainte-Croix, des tronçons de beaux remparts de terre surmontés de moulins.

En ce qui concerne Dunkerque, nous savons que Philippe le Hardi autorisa, en 1403, la construction d'une enceinte autour de la ville. Les travaux durèrent trois ans et furent exécutés par Justin Ave­kerke. L'ensemble comportait 28 tours dont une est parvenue jusqu'à nous, avec des remaniements bien entendu. C’est le fameux « Leugenaar » qui se dresse près des anciens bassins destinés, semble-t-il, à être comblés prochainement. Cette tour a échappé à toutes les vicissitudes endurées par Dunkerque et ses fortifications et, en dernier lieu, au pilonnage de 1940. Elle était pourtant aux premières loges, pas loin des lieux de rembarquement (les chantiers de constructions navales dont parlent nos pêcheurs qui « ont fait Dunkerque »). En ce qui concerne Gravelines, Justin de PAS (déjà cité et que nous allons maintenant souvent citer) nous dit que Philippe le Hardi fit creuser, en 1402, un nouveau lit de la rivière tel qu'il est demeuré depuis, entre Holque et le lieu-dit « les Hauts Arbres », où rejoignant la Hem devenue à cet endroit la Mardick, les eaux gagnèrent dès lors directement Gravelines par le cours inférieur de cette rivière.

Philippe le Hardi mourut inopinément à Hal, le 27 avril 1404. Il ne vit donc pas l'achèvement de son œuvre sur la côte puisque, p. ex., les fortifications de Dunkerque ne furent achevées qu'en 1406. Bien plus, son fils Jean sans Peur, eut encore à combattre des bandes d'Anglais qui parcouraient la région. C'est ainsi qu'en 1405, il eut à reprendre Gravelines dont les Anglais s'étaient à nouveau emparés, malgré une héroïque résistance de son seigneur et châtelain, le Comte de Saint Pol. C'est ce qui décida Jean sans Peur à entourer, cette fois, la ville de fortifications sérieuses.

« On ne connaît rien au sujet de ces fortifications, nous dit Maurice TORRIS, le premier fortificateur connu de Gravelines étant Charles Quint dont les travaux sont encore visibles ». SANDERUS parle des fortifications élevées après l'incendie et avant Charles Quint. Mais, il le fait très vaguement .

Incidemment, Justin de PAS nous donne quelques détails sur ces fortifications. En 1440, fut conclue une convention avec le seigneur de Gravelines, convention qui devait confier à la ville de Saint-Omer la réfection et l'entretien du port de Gravelines et de la voie d'eau entre ces deux villes. Le châtelain céda une partie de terrains sis à l'Ouest de la ville pour permettre le creusement d'un nouveau chenal. Nous y reviendrons, bien entendu. Le texte de la convention de 1440 fait connaître que les 160 mesures de terre cédées tiennent « du lez vers Calais au cours que a de présent » lad e rivière... et, d'autre costé, tenant à la dicque des fossez de la forteresse de lad ville de Gravelinghes jusques à l'opposite ou assez près d'une tour nommée le tour de Drinckamp... ». Donc, en 1440, il y avait une « forteresse de la ville de Gravelines » avec des fossés et, notamment, une tour dont le nom nous est connu. On peut donc supposer que, cette fois, la ville était entourée de fortifications comme ses villes-sœurs de Nieuport et de Dunkerque, comprises dans le même plan de restauration de cette partie de la côte de l'Yser à l'Aa. Bien entendu, un contradicteur peut faire observer que ces lignes peuvent s'appliquer à l'enceinte fortifiée du château de Gravelines et non à une enceinte fortifiée entourant entièrement la ville. Qu'il s'agisse de l'une ou de l'autre enceinte, nous pouvons, raisonnablement, nous la représenter comme semblable à celle reproduite sur les tableaux de Nieuport. L'Yser doit être remplacé par l'Aa et la mer n'est pas si proche mais la vision d'une ville portuaire fortifiée, de cette époque et de cette région, paraît refléter ce qui a dû être la réalité.
Un autre élément de commencement de preuve en faveur de l'existence de fortifications solides à Gravelines nous est fourni par un passage de la chronique d'Enguerrand de Monstrelet (passage cité par H. PIERS et repris par J. FINOT, op. cit. p. XV). Ce chroniqueur nous dit qu'en 1437 (donc, peu avant la convention de 1440), Philippe le Bon, après avoir dû renoncer à un projet d'expédition contre Calais, logea à Gravelines et y tint conseil. Voilà bien une preuve que notre ville présentait, à cette époque, de solides garanties au point de vue de la sécurité. Les Anglais de Calais passaient continuellement le gué de l'Aa devant Gravelines pour faire des incursions en territoire bourguignon. Philippe le Bon s'en préoccupait grandement, nous allons le voir. Notre « Grand Duc d'Occident » n'allait tout de même pas exposer sa précieuse personne en la logeant dans un lieu mal protégé, à proximité immédiate de l'ennemi. La prise eut été trop belle s'il s'était fait capturer, au saut du lit, par un détachement d'Anglais !

Notons encore un point de similitude entre Nieuport et Gravelines, point de similitude qui peut être un argument. Camille WYBO nous dit que les fortifications élevées à Nieuport par Philippe le Hardi ne comportaient que deux portes (d'autres furent ajoutées ultérieurement). Or, Gravelines n'a jamais connu que deux portes, celle de Calais et celle de Dunkerque.

Avant d'examiner, avec plus de détails, le relèvement de la ville dans les domaines plus particuliers de la pêche et du port de commerce, notons déjà que, sur le plan général, les dates citées ci-dessus nous donnent, à elles seules, une idée du temps qu'il a fallu pour relever l'essentiel et reprendre la région en mains. Elles nous donnent aussi l'idée que ce relèvement s'est opéré d'Est en Ouest, en débutant par Nieuport, en poursuivant par Dunkerque et en s'achevant par Gravelines. La situation de cette dernière ville à l'extrémité de la Flandre et face aux Anglais explique peut-être cette orientation du relèvement de la région côtière. On pourrait être tenté de croire que les ruines de la ville demeurèrent à l'abandon durant assez longtemps. Maurice TORRIS est d'avis qu'il est exagéré d'estimer à 20 ans cette période. Il pense, au contraire, que la ville s'est assez rapidement relevée et devait avoir retrouvé une certaine importance maritime à la fin du siècle. Il se base principalement sur la restitution des privilèges et coutumes faite par Philippe le Hardi à la Paix de Tournai de 1385. Les bourgeois de Gravelines avaient donc recouvré la plénitude de leurs droits. Karel de FLOU, dans son dictionnaire toponymique, donne plusieurs citations qui s'échelonnent de 1383 à 1400. Deux d'entre elles nous paraissent intéressantes et elles datent de 1390: « cent aunes de toile pour faire voyles au moulin de Greffeninghe (Inv. Arch. Nord 4 B. 1849) » et « gisans en le paroche de Gravelines (Com. Flam. 13, 143) ». Observons au passage cette orthographe actuelle du nom de la ville, qui se retrouve déjà en 1331 mais demeura rare pendant longtemps.

Voyons maintenant ce qui s'est passé et ne s'est pas passé en matière de pêche et ce qui fut mis en œuvre pour relever le port de commerce.


Une occasion fut-elle perdue par la pêche gravellnoise après 1382

En ce qui concerne la pêche, après 1383, Justin de PAS note que l'on ne pouvait demander aux pêcheurs de Gravelines de contribuer au relèvement du port. Pour les pêcheurs, dit-il, l'estuaire de la rivière était toujours suffisant en tant qu'accessible à leurs barques. D'ailleurs, ce trafic de harengs dont Gravelines fut longtemps le principal centre pour les Pays-Bas, commença à baisser avec l'invention de la « caque c'est-à-dire dès le début du quinzième siècle. Les autres ports, au nord des Pays-Bas, commencèrent alors à en entreprendre un commerce intensif et l'auteur s'en réfère à H. PIRENNE (opus cité pages 154 et 155).

Ces lignes pourraient faire croire que l'auteur veut dire que la destruction de Gravelines était tombée à un bien mauvais moment, au moment où s'opérait une véritable révolution dans le domaine de la pêche au hareng, révolution dont Gravelines ne put profiter au moment propice. Comme le diraient nos journalistes actuels, une occasion a-t-elle été perdue ?

En réalité, l'auteur a écrit ces lignes, avant 1930, à un moment où l'on croyait encore à l'invention de la caque vers 1400. Nous allons voir que des recherches plus récentes ont démontré que la caque date de bien avant 1400, même si elle ne fut introduite dans nos régions que peu avant cette date. Nous allons voir aussi qu'elle fut connue à Nieuport et à Dunkerque, ports qui ne sont pas du nord et qui furent détruits en même temps que Gravelines, et qu'elle ne fut pas inconnue non plus dans notre ville.

Longtemps, l'origine du caquage du hareng fut entourée d'une véritable légende qui était tenue pour une solide tradition. On disait qu'elle avait été inventée par un pêcheur ou un pilote de Biervliet (cette ville fondée également par Philippe d'Alsace). On le prénomme Gilles, ou Gillis, ou Willem ou Guillaume. On le nomme BEUKEL, BEUKEL'S, BEUKELSZ ou BEUKELSZOON. L'auteur des « Délices des Pays-Bas », travail édité en 1779 et déjà cité, l'appelle même BEUKELINS (nom que l'on retrouve curieusement dans le dialecte marollien de Bruxelles pour désigner une espèce de nos actuels saurets). On a dit de lui qu'il était échevin de Biervliet et qu'il mourut, en cette ville, en 1397.

On a dit de lui qu'il fut corsaire au service du Duc Philippe le Hardi. On a dit que Charles Quint, au cours de ce curieux voyage d'adieu qui suivit son abdication et précéda son départ en Espagne, vint, en 1556, en l'île de Biervliet (nous verrons pourquoi Biervliet était une île à l'époque) pour saluer la tombe de ce grand homme. La date de ± 1400 était toujours admise comme étant celle de l'invention. Les légendes ont la vie dure, dit-on à juste titre. La preuve en est qu'en 1928, le Pasteur de l'Église Réformée de Biervliet, qui était alors le Révérend Vrijlandt, fut encore interrogé, à la demande d'un chercheur français, sur le point de savoir s'il était exact que l'église renfermait un monument funéraire dédié à l'inventeur de la caque du hareng. Le Pasteur répondit qu'il n'y avait, dans l'église, ni mausolée ni stèle funéraire de l'inventeur mais bien un beau vitrail qui rappelait cet événement. Il ajoutait, en outre, qu'une tombe de l'inventeur n'était pas connue. Comme on le voit, les recherches n'étaient pas encore très avancées à cette époque. On en était encore à essayer de vérifier la légende et il ne faut pas s'étonner, dès lors, que l'éminent auteur qu'est Justin de PAS, écrivant vers 1928 également, partageait encore l'opinion communément admise suivant laquelle la caque du hareng avait été « inventée » vers 1400.

                
Des chercheurs acharnés se sont, depuis, attelés à faire la lumière sur cette question qui a fait l'objet d'une abondante littérature en Hollande en Belgique et même en France. Ils n'ont pas ménagé leur peine et ont fouillé toutes les archives possibles pour préciser l'origine du procédé et éclairer la personnalité du mystérieux Biervlietois. Parmi ces chercheurs, l'Académicien de Marine belge Roger DEGRYSE, qui nous aide avec tant de sympathie, est loin d'être le dernier. Essayons de résumer fidèlement ce qu'il dit.
Depuis longtemps, le salage du hareng, sur terre et même sur mer (de là vient le terme de « korfharing », harengs en paniers), était connu de même que le fumage. Le problème que l'on cherchait à résoudre était toujours le même, profiter des pêches abondantes à certains mois de l'année pour constituer des réserves pour les mauvais jours et, surtout, pour les nombreux jours de maigre imposés par l'Église. Il fallait aussi atteindre des régions plus éloignées de la côte où le hareng frais ne pouvait parvenir. Les harengs salés étaient présentés avec ou sans tête. On les appelait « harengs saurs » ou « harengs sorets ». Ils étaient, certes, nourissants mais pas toujours très appétissants. Vers ± 1250, a-t-on des raisons de croire, des pêcheurs danois qui opéraient dans le Sund (ou Sond) trouvèrent le moyen de conserver le hareng dans des tonneaux, des « caques » comme on disait en français. Les caques servaient au transport de toutes sortes de produits, graisse, beurre, viande salée, etc. Roger DEGRYSE nous fait même remarquer avec humour que ce mot, qui fut tellement usité en français, y est demeuré fut tellement utilisé en français, y est demeuré uniquement dans un proverbe qui n'a pas son équi­valent en néerlandais. « La caque sent toujours le hareng » dit-on d'un « parvenu » dont un trait ou l'autre dénote les origines. Les pêches dans le Sund étaient particulièrement abondantes d'août à octobre. La préparation se faisait sur la côte méridionale de la Suède (alors territoire danois). Cette région, où se trouve notamment la ville de Falsterbô était appelée la « Scanie ». Le poisson devait être traité aussi rapidement que possible après la pêche, ouvert, fendu, vidé des entrailles et organes génitaux et conservé, dans le sel, en tonnelets. Le sang du hareng joue un rôle dans cette préparation et le poisson, ainsi encaqué, conserve l'aspect du frais.

Le « hareng de Scanie » fut importé dans nos régions par les « Hanséates », les membres de cette puissante « Hanse germanique » qui groupait des marchands de Brême, Hambourg, Lubeck, des ports de la Baltique et aussi des villes de Kampen et Harderwijk en Hollande. Les navires hanséates venaient jusque dans le Zwin et l'on doit même à la Hanse la création de la station d'hivernage de Hoeke. On ne connaît pas la date exacte des premières importations mais l'on sait, avec certitude, que l'étape du « Hareng de Scanie » était déjà établie à Damme, en 1324. Les déchargements avaient même déjà lieu, plus souvent, à Sluis (port plus accessible comme nous l'avons vu à propos de la bataille navale de l'Ecluse, en 1340). Le hareng de Scanie se répandit dans toute l'Europe occidentale. Il était plus cher que le hareng salé mais recherché pour son goût.

Au fil des années, des pêcheurs anglais, hollandais, zélandais, normands et, bien entendu, flamands eurent l'occasion de se familiariser avec ce nouveau procédé de conservation. À la suite de certaines circonstances parmi lesquelles les troubles en Flandre sous Louis de Male et les interventions françaises et anglaises subséquentes ne sont pas étrangers, les importations diminuèrent progressivement, à partir de 1382. En 1388, la Hanse replia même son comptoir de Bruges à Utrecht. Seule, la ville de Kampen continua à commercer avec nos régions. Il en résulta une baisse considérable de l'apport de hareng de Scanie. Pour comble, les Hanséates se trouvèrent aux prises, en 1393 et 1394, avec une puissante organisation de pirates connue sous le nom de « Frères Vitaliens ». Ils opéraient en Baltique et le long des côtes de Danemark, de Suède et même de Norvège (Bergen fut prise par eux en 1394). C'étaient, dit H. DE VOS, des marins sans travail. Il en résulta l'arrêt complet des apports.

Dès 1390, des pêcheurs allemands d'abord (ceux de l'île d'Heligoland ou « Heylighenland »), de Hollande, Zélande, Angleterre et Flandre ensuite, au courant du procédé et profitant de la disparition des Hanséates, se mirent à caquer, eux-mêmes, du hareng de la Mer du Nord et même de la Zuyderzee. Des renseignements, obtenus par recoupements, ont permis d'établir que certains (notamment à Hughevliet et à Biervliet) réalisèrent de plantureux bénéfices à cette occasion mais aussi que des protestations de la part des consommateurs des villes de l'intérieur se firent entendre.

On prétendait qu'il s'agissait d'une imitation qui ne valait pas le produit d'origine. On caquait le hareng à terre mais aussi, déjà, sur mer.

Nous avons vu que Philippe le Hardi obtint le retour à Bruges des Hanséates. C'était en 1396, dix ans après la Paix de Tournai. Les Hanséates firent immédiatement observer qu'ils avaient le monopole de l'importation en Flandre du hareng caqué et que l'on ne pouvait leur faire concurrence par une imitation. Aussi, dès l'année 1396, Philippe le Hardi interdit-il le caquage du hareng en Flandre. Des protestations véhémentes se firent entendre à Biervliet et à Hughevliet mais aussi à Nieuport et à Dunkerque (ce qui prouve que l'on y caquait aussi le hareng).

En 1398, le Duc autorisa les pêcheurs de Huqhevliet et de Biervliet à casquer le hareng sous réserve de débarquer tous les chargements à Biervliet, de marquer les tonnelets d'une marque spéciale (pour les distinguer de ceux de Scanie) et d'exporter le produit hors de Flandre (principalement en Brabant). L'octroi de cette faveur initiale à Biervliet est attribué au fait que Marguerite de Male, Comtesse de Flandre et Duchesse de Bourgogne, était également « Dame de Biervliet », c.-à-d. seigneur du lieu. En 1402, Philippe le Hardi autorisa les pêcheurs de tous les ports de Flandre à caquet le hareng mais toujours avec l'obligation de débarquer les chargements à Biervliet et d'exporter. En 1412, Jean sans Peur autorisa le débarquement dans tous les ports de Flandre mais, toujours, avec obligation d'exporter. On note une activité de ce genre à Sluis, Ostende, Nieuport et Dunkerque. Les derniers apports de hareng de Scanie eurent lieu en 1418 et le marché était libre pour le hareng caqué flamand et pour longtemps.

Pour avoir un aperçu sommaire de la révolution dont le caquage du hareng fut la cause dans la pêcherie flamande, le mieux est de dresser un petit tableau des chiffres que Roger DEGRYSE a pu réunir et de les commenter ensuite.
Apport de tonnelets de hareng caqué flamand :
Dernier apport de hareng de Scanie à Damme : 480 tonnelets par 3 Hanséates.


Voilà donc quelques chiffres que des coups de sonde heureux ont pu faire découvrir dans les ar­chives. Ils sont relatifs au début du XVe siècle, période durant laquelle le caquage du hareng s'implante solidement chez nous. Les chiffres relatifs à Gravelines proviennent des Archives Départementales du Nord à Lille (Comptes du Receveur Ducal à Gravelines de 1418 à 1423 - réf. B. 5.575). Il est donc possible que le caquage du hareng ait été tenté à Gravelines, dit Roger DEGRYSE, puisque l'on en trouve des traces.

Bien entendu, les chiffres nous montrent que Biervliet a bénéficié de la priorité qui lui avait été accordée par le privilège de 1398. Il fallut cependant un certain temps pour démarrer. Nous voyons que ce bond en avant se situe entre 1416 et 1426, soit après la libération totale du marché. Il fallut aussi s'adapter sur le plan de la technique et du personnel. Le hareng doit être traité aussitôt après la pêche. C'est un facteur primordial de succès. Il fallait donc caquer sur mer ce qui entraîna la construction de bateaux plus grands. Le navire-usine était né. Ce n'est toutefois que vers 1450 qu'apparurent les premières « buses à hareng ». (Jusque-là, il fallut tirer son plan avec des bateaux ordinaires.) Ce type de bateaux fut reproduit à un nombre incalculable d'exemplaires et subsista, pratiquement, jusqu'à la fin de l'Ancien Régime. Il disparut, en somme, avec l'occupation française des côtes des Pays-Bas et le blocus anglais subséquent qui entraînèrent la disparition momentanée de la pêche lointaine et la renaissance d'une pêche côtière (comme à Heist p. ex.).

Il n'est pas aisé de donner des dimensions moyennes des buses à hareng, ces dimensions ayant varié, d'après le temps et le lieu, avec une tendance à s'accroître. Le mieux est de consulter un ouvrage spécialisé comme celui de J. VAN BEYLEN ou celui de G. DESNERCK ou, encore, de visiter le Nationaal Scheepvaartmuseum à Anvers ou le Nationaal Visserijmuseum à Oostduinkerke. En effet, à la différence de ce qui se passe pour les bateaux de pêche antérieurs, de nombreuses reproductions (tableaux, gravures, et, même, quelques modèles d'époque) de buses sont parvenues jusqu'à nous. Ce type de bateau s'est développé prodigieuse ment mais davantage en Zélande et encore plus en Hollande et c'est ce que H. PIRENNE (auquel se réfère J. de PAS) veut dire lorsqu'il parle des ports du nord des Pays-Bas. Vers 1550, on note, en effet, qu'il y a ± 100 buses flamandes, ± 200 buses zélandaises et ± 400 buses hollandaises !

Roger DEGRYSE insiste encore sur le fait que les campagnes de pêche entreprises par les buses à hareng devinrent plus longues et plus lointaines et que ces circonstances entraînèrent la nécessité de protéger les unités de pêche. Cette nécessité de la protection de la pêche est à la base de la constitution par les Ducs de Bourgogne d'embryons de forces navales permanentes. On peut affirmer que ces embryons constituent les ancêtres organisés les plus lointains de notre actuelle Force Navale. Celle-ci doit encore protéger nos pêcheurs si besoin en est.

Nous avons vu le rôle important joué, dans cette affaire, par Biervliet, port créé en 1183 par Philippe d'Alsace et qui était alors situé sur la voie d'eau du même nom qui mettait la ville en communication avec l'Escaut. Dans notre introduction, nous avons fait allusion aux grands assauts de la mer de la fin du XlVème et du début du XVème sur la rive sud de l'Escaut avant la construction de la « Graaf Jansdijk ». Le plus étonnant c'est que toute cette introduction en Flandre du caquage du hareng se situe précisément dans cette région en pleine période de cataclysmes. Hughevliet fut durement touché par la grande tempête de 1377 et disparut à jamais lors du Saint Elisabethsvloed du 19 novembre 1404. Entretemps, en 1387, Hughevliet avait encore été brûlée et pillée par les Anglais, une affaire qui ressemble à la destruction de Gravelines et autres ports voisins en 1383 et qui se situe dans le cadre des mêmes hostilités. Le cataclysme de 1404 fit disparaître toute une série de villages (parmi lesquels, sans doute, Botersande, citée antérieurement) et coupa l'actuelle Flandre Zélandaise par une immense étendue d'eau appelée d'abord la Zuudzee, ensuite Dullaert et enfin Braakman. Biervliet devint une île au milieu de cette Zuudzee et pour longtemps. La petite ville d'IJzendijke constitue véritablement un appareil enregistreur du lent retrait des eaux. Cette localité, datant du début du Xllème, fut complètement submergée en 1404, également. Deux siècles plus tard, en 1604, quelques ruines commencèrent à émerger de façon permanente. Nous étions alors en pleine guerre de 80 ans et Maurice de Nassau s'empressa d'établir sur cette nouvelle île un point fortifié des États Généraux.

Cette situation insulaire de Biervliet lui fut, semble-t-il, profitable en tant que port de pêche. Elle le fut certainement en tant que producteur de sel. Nous avons vu que le sel était recherché et qu'il était exporté vers l'Angleterre. Un des gros producteurs de sel et d'un sel recherché pour sa qualité (la marque était protégée par les armes de la ville) était Biervliet avec son « moerzout ». A quelque chose malheur est bon, dit le proverbe.
Quant à ceux auxquels la tradition a longtemps attribué l'invention du caquage du hareng, Roger DEGRYSE nous dit que Willem BEUKEL est un personnage historique en tant que pêcheur d'Hughevliet. Il faisait partie d'un équipage qui captura, en 1388, le prince portugais Don Diniz. On en trouve trace dans les archives. Il avait donc à Hughevliet au moment où le caquage fut introduit en cette localité et à Biervliet. Le fait qu'au XlVème, une famille notable de Biervliet portait ce nom est certainement à l'origine de la tradition qui en fait un habitant de cette ville. Jacob KIEN, « inventeur » proposé par les Ostendais, est mentionné comme « zeerover » en 1404. Willem BEUKEL et Jacob KIEN sont de ces figures de marins qui, par leurs faits et gestes sur mer, sont demeurées populaires comme le « stierman LEIRZE » à Ostende.

Moins heureuse que sa sœur jumelle de Gravelines, Biervliet n'est plus ni port ni ville. Soudée lentement par des digues à la rive occidentale du Braakman, elle s'est trouvée reliée directement à Terneuzen lors de la fermeture définitive de ce golfe, le 30 juin 1952, et fusionnée avec cette ville, en 1970. Mais, la tradition est toujours vivante et elle reste même jeune. Ce sont, en effet l'Harmonie « Willem BEUKELSZOON » et le « drumband » du même nom qui représentaient Biervliet aux belles fêtes organisées, en 1977, à l'occasion du 150ème anniversaire de l'inauguration du Canal de Gand à Terneuzen !

 

(à suivre)