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GRAVELINES ou GRAVELINGE (VIl)

Par J. Verleyen

Neptunus 177

En guise de CONCLUSION :


Une frontière nous a Iongtemps séparés de Gravelines...


Le rétablissement de la frontière...

La frontière ainsi supprimée par la France avec l'acceptation de l'Autriche ne pouvait être rétablie que par la survenance d'évènements extérieurs et extraordinaires. Chose curieuse, c'est l'Angleterre qui en sera le principal artisan et tout le problème deviendra celui de la frontière méridionale d'un état à reconstituer dans l'intérêt de l'équilibre européen. Déjà, en avril 1805, après les trois années de « guerre froide » sur mer et dans les colonies qui suivent la « Paix d'Amiens » de mars 1802 entre la France et l'Angleterre (paix qui fait suite à celle de Lunéville de février 1801 entre la France et l'Autriche), William Pitt junior parvient à former la troisième coalition avec la Russie et l'Autriche. Entre-voyant déjà la victoire, William Pitt junior précise qu'il faudra rétablir les Provinces-Unies sous le Stathouderat héréditaire de la Maison d'Orange mais qu'il faudra, en même temps, reporter plus au sud les frontières de cet état reconstitué de façon à améliorer sa ligne de défense entre Anvers (ville qui, de toutes façons, doit être attribuée aux Provinces-Unies) et Maastricht. L'incursion de Louis XIV jusqu'à Utrecht de 1672, qui avait contraint les Hollandais à ouvrir les écluses pour sauver Amsterdam, et celle, plus récente, des armées de la République étaient encore présentes aux esprits et avait démontré la faiblesse de la ligne de défense constituée par les places du Noord-Brabant (Bergen-op-Zoom, Breda et Bois-le-Duc). Rien ne fut précisé quant à l'extension de cette frontière vers le sud qui conduisait, normalement, à un partage de nos provinces. En effet, cette prise de position de William Pitt junior, qui est considérée par les historiens comme la première annonce de la constitution du Royaume des Pays-BasRépublique1815, n’eut pas de suite immédiate. Napoléon, qui venait d'être sacré Empereur (2 décembre 1804), se préparait, quant à lui, à envahir l'Angleterre En 1803, 1804 et 1805, il avait concentré sur nos côtes une armée de plus de 100.000 hommes et constitué une flotte de débarquement de plus de 1.300 bateaux. Albert de BURBURE de WEZEMBEEK nous a parlé de cette armée et de cette flotte. En effet, si la concentration se fit principalement autour de Boulogne (*), d'importantes troupes furent concentrées également autour d'Ostende. D'autre part, certaines unités de la flotte de débarquement, des « prames géantes » (**), avaient été construites sur les chantiers d'Ostende, de Bruges, de Gand et d'Anvers, portaient des noms de chez nous (comme « Ville d'Ostende »,« Ville de Gand » et « Ville d'Anvers ») et étaient montées par des équipages de chez nous. Face à la nouvelle coalition, Napoléon abandonna immédiatement ses projets d'invasion de l'Angleterre et porta ses armées vers l'est pour remporter les victoires d'Ulm et d'Austerlitz (2 décembre 1805). Par contre, sa flotte de haute mer se fit écraser par l'Amiral Nelson à la fameuse bataille navale de Trafalgar (en octobre de la même année) qui constitue véritablement le point culminant de l'ascension navale anglaise dans sa domination des mers en marche depuis un siècle.

Il faudra attendre huit ans pour que l'on reparle de cette frontière. En fin 1813, l'Empereur qui a connu le sommet de sa gloire en 1810 mais qui, l'année précédente, a subi les désastres de la campagne de Russie, se retrouve face à la coalition générale. Ses alliés commencent à faire défection et son armée a été finalement vaincue, en octobre, à la « Bataille des Nations » de Leipzig. Il se retire sur le Rhin. Ces nouvelles parviennent en Hollande où, dans le cours du mois de novembre, un soulèvement national, assez prudent du reste, se produit. Un gouvernement provisoire se constitue même et lance un appel au prime héritier d'Orange qui se trouvait en Angleterre. Celui-ci débarque .donc, le 30 novembre, à Scheveningen, à 'endroit même où, le 19 janvier 1795, il avait dû s'embarquer pour I ‘exil avec sa famille et, notamment, son père, le Stathouder Guillaume V qui devait mourir en exil à Brunswick le 9 avril 1806. Quatre mois exactement devaient encore s'avérer nécessaires pour mettre au point l'organisation des Provinces-Unies reconstituées.

Les Alliés se préparent maintenant à envahir la France. Ils tentent d'abord de négocier avec Napoléon et ils tentent aussi de détacher ('opinion française de lui. Le 4 décembre 1813, ils lancent un manifeste proclamant que les Alliés ne font pas la guerre à la France mais à Napoléon mais qu'il y a encore moyen de s'arranger. Le manifeste conclut en ces termes : « Les puissances confirment à ('empire français une étendue de territoire que n'a jamais connue la France sous ses rois... ». Les conquêtes de Louis XIV ne sont dons pas mises en cause et il ne semble même pas être question de reprendre à la France fout notre territoire. Napoléon, disent les auteurs français, a hésité et lorsqu'il se décidera à négocier, l'invasion de la France était commencée. Les Alliés sont en pleine discussion de leurs projets et, dans les derniers jours de 1813, Lord Castlereagh, Ministre des Affaires Étrangères anglais, se rend au Quartier-Général des Alliés pour bien préciser les conquêtes anglaises. Il a repris entièrement le projet de William Pitt junior de 1805. La condition « sine qua non » de l'aide pécuniaire de l'Angleterre est la constitution, au nord de la France d’un état assez fort pour lui résister. L'extension vers le sud de la frontière méridionale des Provinces-Unies est donc de nouveau soulevée. On ne précise rien officiellement mais le point de vue anglais est déjà bien connu.
L'auteur anonyme des « Tables Chronologique et Alphabétique du journal officiel du Royaume des Pays-Bas des années 1814-1830 », dont elles constituent le 26ième et dernier tome, attribue une importance á un évènement que les autres auteurs ne mentionnent pas. Ce travail ayant été rédigé tout au début de notre indépendance par un auteur contemporain des faits mérite de retenir notre attention

               

                  

               

                  

Le 12 janvier 1814, une conférence de représentants des Alliés se réunit à Bâle et répartit à l'avance les territoires situés au-delà du Rhin, que les Alliés s'apprêtent à franchir, en plusieurs gouvernements généraux. On serait tenté de dire qu'il s'agit d'une petite « Conférence de Yalta » avant la lettre. Le territoire de l'actuelle Belgique va se trouver réparti en trois gouvernements généraux différents, celui du Bas-Rhin, qui comprend notamment le département de ('Ourthe (donc l'actuelle province de Liège), celui du Rhin-Moyen qui comprend notamment le département des Forêts (actuellement Luxembourg belge et Luxembourg grand-ducal), celui de la Belgique qui s'étend sur le reste des provinces belges. On est donc prudent, on pare au plus pressé mais, si, à l'est, on laisse une porte ouverte pour des attributions éventuelles de territoires à la Prusse, on est plus précis en ce qui concerne le reste du territoire de la Belgique. Il faut donc comprendre que celui-ci s'étend de la frontière des Provinces-Unies rétablie comme elle l'était en 1792 (en y comprenant donc la Flandre zélandaise) et l'ancienne frontière austro-française.

Cette fois, l'action suit immédiatement les décisions prises. Le 1er février, les Alliés entrent à Bruxelles o6 s'installe aussit6t le gouvernement général prévu pour la Belgique. Le 3 février, 11 lance une déclaration aux « habitants de la Belgique », le 11 février, on annonce la formation d'un « Gouvernement provisoire », le 22 février, on annonce la formation de « régiments belges ». Les Alliés avancent déjà en France et foncent déjà sur Paris. Le 15 février, une conférence des Alliés se tient à Troyes et Lord Castlereagh obtient de ceux-ci la signature d'une note d'adhésion à son projet : « Leurs Majestés Impériales et Royales pour donner à sa Majesté Britannique une marque de leur reconnaissance des secours persévérants et généreux qu'elles ont reçu de sa dite Majesté pendant la durée de la guerre, consentent : (art. 1) « Que les provinces Belgique jusqu'à la Meuse, situées entre l'ancienne frontière de la France et ce fleuve, ainsi que les pays situés au-delà de ce fleuve renfermés dans une ligne tirée de la Meuse à Maëstricht par Aix-la-Chapelle jusqu'à Cologne sur le Rhin soient cédés au Prince d'Orange comme souverain des Provinces-Unies pour être réunies à jamais comme partie intégrante de la Hollande ». Pour la première fois, nous trouvons donc sur un document (mais un document confidentiel) la mention de l'ancienne frontière de la France et, aussi, l'annonce de la création d'un Royaume des Pays-Bas réunis plus grand qu'il ne devait l'être. En effet, les territoires entre la Meuse et le Rhin n'y furent finalement pas adjoints. Ce n'est pas pour rien que la convention de Bâle était prudente à ce sujet.

Le 1er mars 1814, le « Traite de la Quadruple Alliance » (Angleterre, Russie, Prusse et Autriche) est signé à Chaumont où se trouve installé le Grand-Quartier Général des Alliés et ou, quelques jours auparavant, les députés du Gouvernement provisoire de la Belgique ont été informés de la situation. Le traité est un document officiel et, de nouveau, très réservé. C'est dans un article séparé et secret est stipulé que la Hollande « recevrait un accroissement de territoire et une frontière convenable ».

Les intentions des Alliés vont cependant être rapidement rendues publiques. Paris est encerclé et Napoléon se décide à négocier. Les entretiens se déroulent, en mars, à Chatillon-sur-Seine, tandis que les hostilités se poursuivent toujours. Ces pourparlers échouent. Les opinions des historiens sont partagées selon les tendances. Les uns disent que ces entretiens n'étaient que comédie de la part des Alliés dont les intentions étaient bien arrêtées mais que l'Empereur avait, peut-être, eu tort de ne pas entamer des négociations dès le manifeste du 4 décembre 1813. D'autres disent que Napoléon cher­chait à gagner du temps car il fondait des espoirs sur une armée nouvelle en voie de constitution dans le centre de la France. Par ailleurs, une résistance acharnée ralentissait l'avance alliée. A la rupture des négociations, les Hautes Puissances Alliées annoncèrent, le 31 mars : « qu'elles respectaient l'intégrité de l'ancienne France telle qu'elle avait existé sous ses rois légitimes ; qu'il fallait que la France fut grande et forte ». Et ('auteur anonyme de la Table du Journal Officie' du Royaume des Pays-Bas, auquel nous faisions allusion plus haut, nous dit que c'est à ce moment que les puissances alliées avaient résolu de réduire la France aux limites qu'elle avait avant la révolution de 1789.

La veille de cette proclamation des Hautes Puissances Alliées, le 30 mars, deux évènements, inégaux peut-être mais tout aussi importants, s'étaient produits. D'une part, les armées alliées pénétraient bien loin au nord et dans un enthousiasme délirant, dans Paris au prix de durs combats. D'autre part, la reconstitution des Provinces-Unies s'achevait solennellement. Ce jour-là, en la « Nieuwe Kerk » d'Amsterdam, le prince héritier Guillaume d'Orange prêtait devant les États-Généraux reconstitués le serment de fidélité à la Constitution (la Loi Fondamentale ou « Grondwet », votée la veille) qui faisait de lui le « Prince Souverain des Provinces-Unies » dont il était déjà question, un mois et demi plus tôt, dans la note signée par les Alliés à Troyes, le 15 février. Le 3 avril, le Sénat Imperial et le Corps Législatif votèrent la déchéance de Napoléon Bonaparte et de sa famille. L'Empereur était revenu à Fontainebleau, pas bien loin de Paris, et il tentait encore de résister mais devant les défections de ses officiers généraux, il abdiqua d'abord en faveur de son fils, la grande victime dans toute l'affaire. Quelques jours après, le 6 avril, à la suite de la défection d'un corps d'armée, il abdiquait sans conditions. Le même jour, le Sénat Imperial avait proclamé Roi de France le Comte de Provence, sous le nom de Louis XVIlI. Celui-ci se trouvait en Angleterre et, le 24 avril, le yacht « Royal Soverin » l'amenait Calais où, il débarqua dans ('enthousiasme. Quelques semaines plus tard, un monument commémoratif était érigé en cet endroit.

La nouvelle frontière septentrionale de la France fut assez rapidement fixée par la 1er Traité de Paris du 30 mai 1814. Cette frontière qui allait devenir celle du Royaume des Pays-Bas réunis en cours de formation était en somme la frontière de ('Ancien Régime en ce compris les enclaves de Philippeville, Marienbourg et Couvin. Le sort de l'ancien Duché de Bouillon n'était pas précisé mais, par contre, huit cantons étaient conservés au Royaume de France dans ce que nous avons appelé les approches occidentales et orientales de l'Entre-Sambre-et Meuse (Dour, Merbes-le-Château, Beaumont, Chimay, Walcourt, Florennes, Beauraing et Gedinne).


La grande contestation de 1815...

La frontière eut pu demeurer ainsi si Napoléon se fût contenté de sa souveraineté sur l'ile d'Elbe. Les longues négociations du Congrès de Vienne pour mettre au point le nouveau Royaume des Pays-Bas réunis, dont le principe avait été admis, ne furent clôturées qu'en séance du 13 février 1815. Il ne restait plus alors qu'à faire signer l'acte officie] par les Puissances, ce qui ne devait se faire que le 31 mai. Des évènements inattendus vont inciter notre futur souverain à devancer la signature du traité. Le 1er mars, en effet, Napoléon débarque à Golfe Juan et entreprend sa marche triomphale sur Paris. En accord avec les Etats-Généraux et en accord avec les Alliés, le 17 mars, le Prince Souverain des Provinces-Unies et son épouse [a Princesse Wilhelmine de Prusse sont proclamés Roi et Reine des Pays-Bas, simultanément à Amsterdam et à Bruxelles. Le 20 mars, au soir, Napoléon fait sa rentrée au Palais des Tuileries à Paris que Louis XVIlI avait abandonné dans la soirée précédente. Le 30 mars, nos nouveaux souverains font leur entrée solennelle à Bruxelles tandis que, le même jour, Louis XVIlI et sa Cour, venant de Lille, arrivent à Gand et que le Duc de Berry amène à Alost ce qui reste de l'escorte militaire royale. Le 14 mai, le Roi fait prendre possession de la future province de Liège qui était demeurée aux mains des Prussiens. Le 31 mai, le traité est enfin signé à Vienne alors que Napoléon masse déjà ses troupes à la frontière. Le Roi profite encore du répit qui lui reste pour faire son entrée à Liège, le 3 juin. Il fut bien accueilli par les Liégeois qui « avaient eu si peur de demeurer Prussiens.

Après Waterloo et le retour des Alliés à Paris, ce fut vraiment la grande contestation des conquêtes de Louis XIV. Les Prussiens étaient les plus acharnés mais même le sage Cabinet de St. James agitait cette question. Le 15 juillet, Lord Liverpool, Premier Lord de la Trésorerie, écrivait de Londres à Lord Castlereagh, qui se trouvait à Paris pour les négocia­tions, que l'idée prévalait à Londres que l'on était parfaitement en droit de se prévaloir des conjonctures actuelles pour enlever à la France les principales conquêtes de Louis XIV. Il entrevoit cependant le danger de revanche que cela peut entrainer. Une chose est certaine cependant, dit-il, nous n'avons pas été récompensés de notre clémence à l'égard de la France, l'année dernière, nous avons été complètement déçus et il faut veiller à la sécurité.

Certains tentèrent de soulever ('opinion publique tant pour que contre. Théodore JUSTE auquel nous empruntons beaucoup d'éléments sur cette période, signale qu'un ancien échevin de Gand publia, en juin 1815, un « Voeu du peuple beige pour le salut de sa patrie » dans lequel il rappelle que toutes les places francaises depuis Calais jusqu'au Rhin, ont appartenu jadis à la Belgique et lui ont été enlevées par usurpation. Un ancien colonel de Louis XVI lui répondit par une brochure imprimée à Lille et dont le titre était : « Observations sur quelques écrits publies en Belgique par lesquels on propose de dépouiller le Roi de France d'un tiers de ses possessions pour en agrandir les royaumes voisins ». Cette brochure concluait comme suit : « La Belgique est depuis plusieurs siècles, pour quelques portions de son territoire, et depuis le règne de Louis XIV pour quelques autres, divisée en Austro Belgique, donnée au roi des Pays-Bas par le dernier congrès de Vienne, et en Gallo-Belgique ou Belgique franqaise. Il suffit de parcourir les principales villes de ce dernier pays (département du Nord) pour acquérir la certitude que sur ('immense population dont il se compose, il ne se trouverait pas dix individus qui voulussent abandonner Louis XVIlI le Désiré, pour passer sous une domination étrangère... ». Il faut dire que Louis XVIlI semble avoir été plus populaire dans ces régions que Napoléon.

Des idées plus modérées finirent par prévaloir chez les Alliés et le Second Traité de Paris du 20 novembre 1815 se limita à rattacher au Royaume des Pays-Bas les huit cantons cités plus haut de même que les enclaves plus anciennes de l'Entre-Sambre-et-Meuse. Ainsi Marienbourg et Philippeville, cédées à la France par le Traité des Pyrénées de 1659 et que Mazarin avait préférées, à l'époque, à Bergues et à la Bassée étaient retirées à la France. Le traité précise que l'ancien Duché de Bouillon est attribué au Royaume des Pays-Bas sous réserve d'indemnisation de la dernière maison régnante (ce qui fut fait ultérieurement). Par contre, Guillaume 1er des Pays-Bas ne put obtenir Condé-sur-Escaut. Il y tenait pourtant. L'année précédente, au mois d’aout 1814, alors qu'étant déjà Prince souverain des Provinces Unies, il venait prendre ses fonctions d'administrateur de la Belgique au nom des puissances alliées, il avait profité de sa visite à Mons pour se rendre jusqu'à Condé le long de ce canal rectiligne encore inachevé qui devait atteindre l'Escaut en cette ville afin de remplacer la vieille navigation sur la Haine. Notre futur souverain, qui devait se révéler un véritable roi des voies navigables, tenait à la maîtrise complète de cette voie d'eau importante pour l'époque (conçue pour des bateaux de 200 tonnes) afin de favoriser l'exportation des charbons du Couchant de Mons de même que leur acheminement, via l'Escaut, vers de nombreuses destinations de chez nous. N'ayant pu obtenir Condé, il obtint toutefois de Louis XVIlI, qui était son obligé pour la magnifique hospitalité reçue à Gand durant les 100 jours, l'achèvement immédiat du canal. Bien vite, l'administration de Louis XVIlI fut influencée par des intérêts français qui arrivèrent à faire rétablir un droit de transit sur les bateaux qui provenaient de Mons par le nouveau canal comme il en avait existé un, sous ('Ancien Régime, sur les bateaux qui provenaient de Mons par la Heine. Dès 1817, le Roi chargea le Waterstaat de l'étude d'une jonction de Mons à l'Escaut ou à la Dendre à travers le territoire national. Le canal de Pommeroeul à Antoing, dont les travaux débutèrent en août 1823 et qui fut inauguré le 26 juin 1826, constituait un véritable tour de force d'autant plus qu'il devait permettre le trafic de grands bateaux. Il comportait 13 écluses et des machines à vapeur pour élever l'eau. Ce fut avec lui que J.B. VIFQUAIN obtint ses premiers succès comme ingénieur du Waterstaat. Cette voie d'eau fut complétée, ultérieurement, par le canal de Blaton à Ath, réalisé de 1863 à 1868. La voie d'eau Mons-Pommeroeul-Blaton-Antoing a été remplacée, depuis la dernière guerre, par l'axe fluvial Nimy-Blaton-Péronne que nos vedettes fluviales ont déjà parcouru.

La rétrocession de Philippeville et de Marienbourg fut très difficilement acceptée par la France et nous avons vu que la question fut encore remise sur le tapis après notre indépendance et qu'il fallut l'habileté de Talleyrand pour calmer les esprits à nouveau survoltés. Pour être objectif, il faut mentionner une situation qui n'est pas toujours évoquée dans les manuels d'histoire de Belgique. La rétrocession de Philippeville et de Marienbourg faisait partie d'un groupe de trois rétrocessions sur la frontière nord de la France qui créaient, disait-on à Paris, des « portes ouvertes à l'invasion ». Il y avait la ville de Landau, située actuellement dans la partie sud de l'État de Rhénanie-Palatinat (env. 30.000 h.). Cette ville avait été conquise par Louis XIV et devait occuper une position stratégique considérable car, après 1815, la Confédération Germanique envisagea sérieusement d'en faire une place fédérale aussi importante que celle de Luxembourg. Il y avait enfin la Sarre sur laquelle Louis XIV avait étendu sa souveraineté, peut-être moins par conquête que par intervention dans des affaires intérieures. Or, nous savons que, si Philippeville, Marienbourg et Landau soit tombées dans l'oubli depuis longtemps, la France persista à porter de l'intérêt à la Sarre. Après 1918, elle obtint de la Société des Nations un mandat de quinze ans sur ce territoire, mandat à ('issue duquel un référendum devait décider de la volonté des habitants. Le 13 janvier 1935, 90°/o des électeurs se prononcèrent pour le retour au IlIieme Reich. Après la dernière guerre, un état semi-autonome de la Sarre fut constitué. Il eut même l'honneur et le mérite d'envoyer une colonne de secours en Zélande, lors des tragiques inondations de février 1953. En 1955, lorsqu'il fut question de prendre la République Fédérale comme partenaire à part entière, le Bundestag vota une résolution affirmant que la Sarre était partie intégrante du territoire allemand. Des élections donnèrent à nouveau une majorité en faveur du retour, cette fois, à ia Bundesrepublik. En 1957/1958, les choses ont été arrangées « à l'européenne ». La Sarre est devenue un « Land » de la R.F.A. et son nom a été donné à une unité de la Bundes-Marine. Ce navire de soutien logistique nous a déjà plusieurs fois rendu visite à Ostende et a participé à notre grande parade navale du 150ème Anniversaire de notre indépendance.

La France dut en outre payer une indemnité de guerre de 700.000.000 de fr. dont soixante devaient être affectés à la construction des places de la « Ligne Wellington » dont nous avons parlé. En garantie de l'exécution du traité, des troupes alliées occupèrent la zone frontière jusqu'en 1818.

En outre, le roi Guillaume 1er des Pays-Bas obtint de Louis XVIlI, qui était son obligé comme nous l'avons dit, non seulement l'achèvement immédiat du canal de Mons à Condé et la restitution de la Bibliothèque de Bourgogne » mais également la restitution de nombreuses œuvres d'art qui furent ramenées à Bruxelles, Gand et Anvers où des expositions furent organisées à cette occasion.

Pourquoi avait-on renoncé à remettre en cause les conquêtes de Louis XIV ? Lord Castlereagh s'en expliqua devant la Chambre des Communes en février 1816, comme il se doit dans un régime parlementaire dont l'Angleterre est le pays natal. Il déclare notamment : « On avait à choisir entre soumettre la France à une contribution pécuniaire ou en exiger un démembrement de territoire. Ce ne peut être que dans de fausses notions que l'on a pu parler de la disposition de la France à préférer ce dernier parti : rien n'est moins vrai. Payer des contributions était, sauf la répugnance naturelle de tous les hommes à sacrifier leur argent, infiniment moins révoltant pour esprit public en France... Les alliés n'admettent point que le caractère militaire et les ressources de la France seraient matériellement affectées par le démembrement de ses provinces, et ils reconnurent uniformément que rien n'était plus impolitique que d'essayer d'abattre par de tels moyens une grande puissance militaire ; à moins d'en prendre un tiers ou la moitié, il ne fallait rien prendre du tout. En ôtant deux à trois millions d'âmes à une nation de vingt-huit millions, on ne diminuerait point effectivement sa force. L'on exaspèrerait tous les sentiments... Il faut considérer aussi qu'il était nécessaire de tenir l'Europe réunie, et qu'à quelque puissance qu'eût été faite une cession de territoire, il aurait fallu que ['Europe entière la soutint. Supposons que la cession eut été faite au roi des Pays-Bas, il n'est pas difficile d'apercevoir qu'il nous aurait fallu prendre une part principale dans toutes les guerres qui en seraient réputées... »

Comme quoi, la question avait été rudement débattue par les représentants des Hautes Puissances Alliées et comme quoi, aussi, l'idée de l'Europe était déjà présente en 1815.

Ainsi, conclut Theodore JUSTE, une occasion inespérée de rétablir les États des Ducs de Bourgogne fut-elle sacrifiée à la considération de la paix générale en Europe.

Une solution envisagée et jamais réalisée : le partage...

Dans ses conclusions au sujet du Traite des Pyrénées de 1659, le Professeur Michel DEVÉZE, auquel nous avons eu retours, note que le partage franco hollandais des territoires des provinces méridionales des Pays-Bas, envisagé avec réticence par Richelieu, était bien loin d'avoir été réalisé. Cette idée du partage fut cependant encore soulevée à plusieurs reprises. Nous avons cru en déceler des possibilités dans le projet de William Pitt junior de 1805. Était-elle présente à ('esprit de Lord Castlereagh en fin 1813 ? On peut en douter au début mais, très vite, on parle de l'ancienne frontière de France. D'une certaine façon, il y eu partage, entre 1814 et 1815, pour les huit cantons de Dour, Merbesse-Chateau, Beaumont, Chimay, Walcourt, Florennes, Beauraing et Gedinne.
Il allait cependant encore être question de partage après la Révolution belge et au moment où notre indépendance n'était pas encore bien consolidée sur le plan international. En 1831, avant et après la ‹< Campagne des 10 jours », l'idée d'un partage de la Belgique fut, plusieurs fois, prise en considération. Certes, il n'y eut pas d'entretiens officiels à ce sujet. On hésiterait même à parler d'entretiens officieux mais il y eut des contacts personnels entre personnes qui étaient à même d'avoir une influence sur les évènements. Talleyrand en fut le partisan le plus connu. Il écrivit, à plusieurs reprises, que le partage était son idée favorite. Il eut soin de supprimer ces mots lorsqu'il écrivit ses mémoires. Partager la Belgique pour faire disparaitre un foyer possible de nouveau conflit européen était tentant. Mais, partager entre qui ? On songea d'abord partager entre France et Hollande suivant la frontière linguistique. Lorsque I ‘on voulut mettre la Prusse dans le coup, celle-ci réclama la Province de Liège parce que l'ancienne Principauté de Liège et I ‘ancienne petite Principauté de Stavelot-Malmedy avaient toujours relevé de ['Empire Germanique. Le Tsar se rallia à la solution comme pis-aller préférable à l'existence de la Belgique mais l'Angleterre ne voulut pas s'y rallier bien qu'on lui offrit Anvers et même Ostende. Tout ceci se trama en coulisse, bien entendu.

Après avoir évoqué des évènements qui nous ramènent au 150ème anniversaire de noire Indépendance, il nous reste un dernier point à examiner dans le cadre de ces conclusions sur le Traité des Pyrénées.