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La marine de guerre belge (1830 - 1860) (I)

 

Par Louis Leconte


Ceci est une lamentable histoire de petits navires et de braves marins.

Nous estimons devoir la présenter chronologiquement, sous la forme d'un fidèle et sévère bilan. De l'ensemble des faits que nous exposons, découlent des constatations brutales et indiscutables d'où ressort Une inéluctable morale : pendant un siècle, les Chambres législatives et une grande partie de ceux de nos concitoyens qui formaient l'élite de la nation, partant le pays lui-même, n'ont pas compris pourquoi nos rois, obstinément, tentèrent de tourner nos regards vers la mer et les débouchés transatlantiques.

Nation trop jeune encore, il nous fallut faire école ; il fallut aussi, à vrai dire, l'expérience des deux dernières guerres pour tuer les préjugés et former l'opinion : la Colonie-a sauvé la Mère Patrie. La mémoire de nos souverains, celle de Léopold II si longtemps incompris, surtout, en sort prodigieusement grandie.

Reste pourtant encore à mieux nous pénétrer de l'intérêt qu'il importe d'accorder à la marine nationale que, par manque de prévoyance, on laissa péricliter au point de ne plus avoir ni matelots, ni officiers. On ignorait ou niait même chez nous, l'intangible principe que, sans marine nationale il ne peut y avoir de commerce direct viable car il est dès lors à la merci d'intermédiaires qui seront toujours des concurrents.

De plus, un pays possédant une côte étendue, de grands fleuves et un empire colonial, doit posséder une marine militaire qui, en dernier ressort, constitue une pépinière pour la marine marchande : elle fait naître des vocations, discipline et trempe les caractères ; enfin elle retient les marins à la mer.


I Modestes débuts.
Dès l'aurore de notre indépendance, comme nous avions à combattre une nation disposant de bâtiments de guerre dont bon nombre occupaient l'Escaut, l'importance d'une marine n'échappa point à ceux qui dirigeaient la lutte pour la liberté.

Le général Mellinet et ses lieutenants Niellon et Kessels qui s'étaient rendus maîtres d'Anvers, le 27 octobre 1830, mentionnèrent dans le projet de capitulation de la citadelle qu'ils envoyèrent au général Chassé, que la flotte stationnée devant la Métropole devait être considérée comme une « propriété incontestablement nationale » et devait être livrée en même temps que le réduit. Mais le vieux général « baïonnette » dont la bravoure était légendaire, répondit qu'il ne livrerait ni l'une ni l'autre et, quelques heures plus tard, tous les canons de la forteresse et ceux de bord firent pleuvoir bombes et boulets sur la cité dont ils anéantirent une partie de la richesse commerciale. Armés à la diable, les insurgés impuissants durent se résigner.

Alors des patriotes conçurent maints projets pour improviser des brûlots destinés à renouveler l'exploit Giambeli et le Journal de Gand, le Journal des Flandres, prenant les désirs pour des réalités, annoncèrent gravement à cette époque que l'escadre ennemie avait ainsi été détruite dans le fleuve ; il n'en était rien, nos dirigeants rendus prudents par le bombardement d'Anvers, avaient repoussé cette héroïque proposition.

D'autres, inquiets pour nos ports et pour les navires de commerce belges sillonnant encore les océans, voulurent armer des corsaires — les traditions populaires avaient conservé le souvenir des hardis écumeurs des mers ostendais. Le Gouvernement provisoire n'osa se prononcer.

Ces manifestations retinrent cependant l'attention du Congrès, on y discuta, supputa, tergiversa, mais il fallut pourtant admettre le bien-fondé des représentations et, en séance du 15 janvier 1831, il fut proposé d'allouer un crédit de 250.000 florins à la création d'une marine militaire. C'était maigre, aussi le député Osy conseilla-t-il sagement de consacrer cette modeste somme à l'acquisition de quelques canonnières, et c'est ainsi que, le 24 février, fut décrétée la construction de deux brigantins armés de quatre canons de 24, de deux caronades de 36 et de deux canons de 8... pour la défense des côtes et des rivières !

Ces bâtiments dénommés le Congrès et les Quatre Journées furent, d'après les plans établis par les Ponts et Chaussées, construits à Boom, sur les chantiers de Fleury-Duray, lieutenant-colonel de la garde civique de Bruxelles. Les brigantins mesuraient 25 mètres de long, 6 mètres de large, 2'1,20 de creux au milieu ; la batterie en belle avait l m.15 de hauteur. L'arrière était terminé par une voûte en tablier, un bastingage placé sur la lisse de rabattue servait à mettre l'équipage à couvert de la mousqueterie. Les quilles furent posées le 5 mars en grande cérémonie.

La Hollande suivit avec inquiétude cette modeste création de flottille : un grand nombre de Belges résidant aux Indes s'y remuaient, la révolte y grondait et si nous avions pu la soutenir de quelques navires, une partie des colonies nous eût peut-être été acquise.

Les journaux orangistes imprimés en Belgique, tels le Vrai Patriote et le Messager de Gand firent assaut d'esprit, espérant faire échouer sous le ridicule nos timides essais ; ils s'en prirent surtout au « grand amiral » Sylvain van de Weyer, chargé de la Marine, et lui prêtèrent l'intention de vouloir « improviser une flotte afin de se mettre en mesure de bien recevoir la flottille anglaise qui se préparait à venir appuyer les notes de la diplomatie bretonne » ; on lui fit également les honneurs de la caricature. Par contre, le journal L'Escaut publia un article intitulé : « Réflexions d'un ancien officier de marine » intéressant à méditer car il reflète la conception rationnelle et modérée que les partisans sensés d'une marine nationale se faisaient alors ; cet exposé constitue un programme complet dans le cadre de nos ressources : l'auteur voulait des éléments capables de défendre nos frontières maritimes et soutenir nos droits de navigation, maintenir la libre navigation de l'Escaut. La Belgique n'ambitionne pas de devenir une puissance maritime.

Le premier budget du département de la Marine fut présenté par Lebeau, successeur de van de Weyer, le 2 juin 1831. En sus de 60.000 florins destinés aux brigantins, il était demandé au Congrès un crédit provisoire de 190.000 florins pour la construction de chaloupes-canonnières. On faisait remarquer l'insuffisance de cette somme permettant à peine de couvrir les premiers besoins.

En outre, 50.000 florins étaient portés pour l'artillerie des bâtiments, la poudre nécessaire aux brûlots dans le cas d'une attaque du côté d'Anvers, etc. Enfin, on avait réservé des provisions pour l'achat de corvettes et de bateaux à vapeur.

Les cadres et équipages étaient à improviser. On comptait sur quatre capitaines de frégate, huit lieutenants de vaisseau, huit enseignes, douze aspirants de première classe nés en Belgique et ayant été revêtus, au service des Pays-Bas, des grades susmentionnés ou ayant bientôt le droit d'y parvenir ; des traitements étaient également prévus pour les emplois d'aspirants de deuxième classe, d'agents comptables et autres. On ne comptait guère employer plus de six cents hommes (gabiers, timoniers, canonniers, charpentiers, mousses, soldats, etc.) pour les différents équipages du petit nombre de navires que l'on aurait pu construire durant l'année ; pour les recruter, on eût favorisé l'admission dans la Marine des miliciens des côtes qui auraient préféré le service de mer à celui de l'infanterie ou de la , cavalerie, et quelques hommes libérés de toute obligation militaire et ayant acquis de l'expérience dans la navigation.

La suite des événements prouva que nonobstant ses modestes propositions, le ministre Lebeau avait encore eu des vues trop larges.

Le Régent, auquel on ne put jamais imputer des plans trop dispendieux en ce qui concerne la défense nationale, jugea lui-même devoir renforcer la protection maritime de la Métropole et, le 7 juin, il décréta la construction de quatre canonnières gréées en goélettes (deux mâts), armées de quatre canons de 24, stipulant bien que ces esquifs serviraient en même temps à empêcher la fraude et à protéger la douane.
Fleury-Duray fut encore chargé de cette commande, toujours d'après les directives des Ponts et Chaussées, à raison de 20.000 florins par embarcation.

Le même jour, le Régent nomma : un lieutenant de vaisseau en activité, Schockeel F.-J. (Gantois, ci-devant aspirant de lre classe) ; un enseigne, le Hardy de Beaulieu (né à Paris, fils du général belge, ancien aspirant de lre classe) et un aspirant de 2e classe, de la Barre d'Erquelinnes (né à Sclayn), ces deux derniers au traitement de non-activité seulement, Schockeel suffisant seul à surveiller la construction des brigantins.

Comme, en dernier ressort, ce cadre fut jugé trop restreint, on y adjoignit, le 11 du même mois, les lieutenants de vaisseau en non-activité Eyckholt (Anversois, ancien enseigne), Plancq (Gantois, aspirant de 1lre classe) et Nuewens (né à Germiny­ l'Evêque, aspirant de 1re classe). Le Conseil de marine fut composé du directeur de la Marine, du directeur du Génie maritime et du directeur de l'Administration des ports, qui n'avaient toutefois pas encore été désignés.
Pourtant, des promesses avaient été faites à la suite d'une interpellation d'A. Rodenbach, qui avait réclamé des bâtiments d'abordage, des brûlots en permanence dans l'Escaut, en rappelant que ceux du héros Canaris ne coûtèrent que 100 louis et quel excellent usage l'intrépide Grec en fit contre la flotte turque. Rodenbach voulait également, et tout de suite, tout le personnel nécessaire; depuis quatre mois, des officiers belges servant encore sous pavillon ennemi s'étaient offerts et attendaient qu'on les appelât.

L'organisation n'avançait guère, les brigantins auraient dû être gréés et armés le 15 juillet, mais à leur mise à l'eau on constata que leurs plans étaient défectueux ; trop haut mâtés, ils ne tenaient pas en équilibre. Il en résulta un retard qui faillit être fatal ; en effet, le 1er août, l'armistice fut dénoncé, c'était la guerre.
Le 5 août, de bonne heure, Koopman, commandant la division hollandaise en rade d'Anvers, remonta le fleuve avec les bateaux à vapeur Surinam et Zeeuw dans l'espoir de s'emparer, à Boom, des brigantins que l'on croyait encore s'y trouver. Mais il apprit qu'on les avait évacués sur Bruxelles par le canal ; en guise de représailles, il s'empara de trois galiotes et d'un schooner du commerce ancrés dans les eaux de Schelle et les emmena. La presse de l'adversaire annonça à grands cris la « capture de la flotte belge » et célébra cette « victoire ».
La leçon porta ses fruits, Schockeel, commandant maritime à Boom, fut chargé de lever une compagnie  de cent vingt marins pour la défense des chantiers et constituer les équipages des brigantins; des barricades furent construites à Schelle et aux environs et munies de canons. Enfin, pour prévenir une nouvelle incursion, une chaîne fut tendue à l'embouchure du Rupel.

En même temps, affluèrent au ministère de la Guerre, des suggestions pour parer au manque de défense fluviale, on reparla de lever des pirates, d'armer des bâtiments en course, de lâcher des corsaires, des brûlots.

La courte campagne du mois d'août 1831 terminée, la compagnie de marins fut dissoute, les brigantins n'étant pas encore acceptés par les experts. Et la presse hollandaise d'écrire : « Pour faire avancer les brigantins, on y mettra des roues ! ».
On reforma alors une compagnie de marins pour constituer un solide barrage dans l'Escaut, mais des incidents semblèrent renvoyer l'armement de nos navires aux calendes grecques : les quatre canonnières-goélettes avaient été rejoindre les brigantins dans le bassin du Commerce à Bruxelles, et au budget de 1832, on n'avait prévu que l'armement de ces derniers mais, par « mesure d'économie », on se borna à prescrire qu'ils coopéreraient seulement, avec la douane, à la répression de la fraude et, en raison de ce but restreint, il n'avait été prévu de traitements que pour huit officiers, deux agents comptables et septante-deux sous-officiers et matelots, on alla jusqu'à refuser un officier de santé au corps naissant. Enfin, un des deux bâtiments seulement, le Congrès, reçut un commandant, Schockeel. Des pièces reposant dans les archives de l'administration de la Marine prouvent que l'on avait cependant proposé une organisation complète et logique.
L'abandon dans lequel on laissa notre flottille indigna certains esprits éclairés. A. Gendebien signala cette déplorable situation aux Chambres et réclama une bonne marine, « non pas dominatrice des mers, mais digne de la nation ». « Si nous avions eu quelques bateaux à vapeur, ajouta-t-il le 23 mars 1832, nous aurions pu inquiéter la flotte hollandaise devant Anvers ; pour avoir une marine, rien ne nous manque. » J.-A. de Muelenaere s'éleva également contre ce laisser-aller, objectant qu'il valait mieux organiser le service des brigantins et canonnières plutôt que de voter des subsides pour leur entretien et la solde de leur gardien.

Il en résulta une réaction et, au début d'avril, les journaux annoncèrent qu'on armait les unités toujours stationnées à Bruxelles, à l'aide de pièces venues de la Fonderie de canons de Liége et de trois bouches à feu prises, le 5 août 1831, sur une canonnière hollandaise après un combat au Hazegras.

Finalement le gouvernement sembla mieux disposé ; à en croire la presse, il demanda à la France des constructeurs et des marins pour fonder, à Ostende, un établissement maritime militaire ; le Moniteur Belge, organe officiel s'attacha à prouver la nécessité d'une marine militaire pour la protection de notre commerce, ce qui était symptomatique.

Enfin, le 27 avril 1832, il fut ordonné de constituer à Anvers, pour la durée de la guerre, une compagnie de marins pour « être employée partout où le service de gens de mer pourrait être utile » ; elle reçut une mission semblable à celle des pontonniers et fut rattachée au génie. Puis, le 30 du même mois, parut l'arrêté portant règlement pour la Marine en vue de l'armement et de la mise en service des brigantins ; ce décret fixait les assimilations par rapport à l'armée de terre, déterminait les attributions et les fonctions, réglait la discipline, décrivait les uniformes, etc. Chaque équipage de ces constructions commandé par un lieutenant de vaisseau, comptait 43 hommes, officiers compris.

Le 17 juin, les deux embarcations quittèrent l'Allée Verte pour aller prendre position au fort Sainte-Marguerite. Ce jour, Schockeel fut investi du commandement de la « flottille » que l'on opposait aux escadres hollandaises ; celles-ci totalisaient 21 frégates, 17 corvettes, 10 bricks, 3 avisos, 2 vaisseaux de transport, 3 bateaux à vapeur, 7 vaisseaux de ligne, 1 schooner, 14 canonnières à corne de vergue et 16 canonnières à rames, au total 2218 canons. De tout cela, la moitié nous revenait puisque cette flotte avait été constituée à frais communs.

Notre nouvelle arme bien que d'importance modeste semblait cependant avoir le vent en poupe, on s'occupa beaucoup d'elle aux Chambres : l'abbé de Foère y exprima d'une façon éloquente son désir de la voir se développer dans le but de protéger notre commerce qui, depuis la perte des colonies, souffrait du manque de débouchés ; Nothomb, commissaire du Roi, crut cependant devoir répliquer que, sans rien préjuger, il estimait nécessaire d'ajourner la question. L'abbé-député persista et proposa le vote d'un crédit de 300.000 francs, mais alors intervinrent des collègues qui déclarèrent dangereux d'organiser sérieusement une marine en ce moment parce que « au premier coup de canon, elle tomberait au pouvoir de la Hollande ». Bref, on renvoya l'examen du principe à la discussion du budget de 1834.

Le renforcement ne s'effectua pas, il en résulta que les six esquifs que nous possédions alors, constituèrent un élément trop faible, trop incomplet pour prendre part à la défense du pays. Or, à cette époque, le roi Léopold se décida, pour mettre fin à l'imbroglio politique et aux tergiversations des grandes puissances, « à se servir de l'armée ». Cette attitude virile fut applaudie par son peuple et tout fut préparé en vue de venger les désastres du mois d'août 1831, et de reprendre nous-mêmes les territoires que la diplomatie était impuissante de nous faire restituer.

Surprises par cette résolution, la France et l'Angleterre qui redoutaient une conflagration européenne sommèrent les deux adversaires de rétrocéder mutuellement les régions que les grandes puissances ne leur avaient pas concédées ; la Belgique accepta, la Hollande refusa et, le 15 novembre 1832, une armée française vint investir la citadelle d'Anvers tandis que des vaisseaux britanniques occupaient la mer du Nord. Nos troupes durent rester spectatrices, nos navires se maintinrent strictement en observation à Burght, fort encore occupé par l'ennemi ; le commandant militaire belge de la Métropole ne put même pas obtenir une embarcation pour empêcher les paysans et les espions de se rendre chez Chassé.
Quelques accrocs furent cependant donnés à cette règle, l'enseigne de vaisseau Van den Broeck, officier au long cours entré dans nos cadres par suite de la pénurie d'officiers, fut détaché avec quelques marins auprès du général français Sébastiani qui occupait la rive gauche de l'Escaut ; ils prirent part aux rencontres qui se produisirent de ce côté. Van den Broeck reçut notamment mission d'observer, au fort Sainte-Marie, les mouvements de l'escadre hollandaise et d'étudier la possibilité de la capturer ; il fut encore chargé d'interdire au commandant de la corvette la Méduse tout passage de bâtiment devant Sainte-Marie, ce qui attira un intense bombardement sur ce point. Durant la nuit, notre officier patrouilla en canot avec des grenadiers français et empêcha les communications entre l'escadre et la citadelle. Enfin, dans la nuit du 23 décembre, avec quatre grenadiers et deux de nos mariniers, il s'empara de la canonnière hollandaise n° 8, du commandant, du second et de tout l'équipage ; Van den Broeck recueillit en plus une chaloupe en dérive.

Voici ce qui s'était passé : Chassé ayant épuisé tous ses moyens de défense, avait dû capituler. Le commandant Koopman, chef de la division navale, refusa d'être compris dans la reddition ; il résolut de s'enfuir ou de périr, fit brûler ou saborder une partie de ses canonnières, fit passer le personnel sur les six meilleures embarcations, une allège et un bateau à vapeur, puis tenta la descente du fleuve tous feux éteints. Mais le vent étant contraire et la marée défavorable, l'expédition avorta, seule passa la canonnière que captura Van den Broeck. Le feu croisé du fort du Nord et des postes occupant les rives fit refluer l'escadrille que Koopman brûla avant de se rendre.

Notre enseigne gagna ainsi la croix de chevalier de l'Ordre de Léopold.

Nos canonnières qui avaient enfin pu être armées jouèrent également un rôle au cours de ce siège : le 18 décembre, deux d'entre elles vinrent se placer devant le fort Philippe pour intercepter les communication! avec la citadelle et, dès le 26, les deux autres mouillèrent devant Anvers.

Malgré ces expériences, la Section centrale proposa, le 16 janvier, une réduction de 16.340 francs sur le budget du personnel de la Marine, estimant inutile de laisser des pilotes sur les brigantins et les canonnières lorsqu'ils étaient en rade ; c'était de la parcimonie. D'autre part, l'abbé de !!! ayant proposé d'allouer 100.000 francs pour les constructions, les adversaires systématiques de la Marine obtinrent l'ajournement du vote.

Alors, puisque le pays ne voulait pas accorder de nouvelles unités, nos officiers résolurent d'aller tirer du lit de l'Escaut les canonnières hollandaises brûlées et sabordées à l'issue du siège. Le lieutenant de vaisseau Nuewens, commandant la canonnière n° 1, releva une des constructions submergées, en janvier 1833, et la répara. A partir du 1er avril suivant, trois chaloupes-canonnières furent ainsi remises en activité et, dans la nuit du 25 au 26 du même mois, une embarcation doublée de cuivre avec quatre canons fut renflouée. Le 29 août on sauva le n° 10 qu'avait monté Koopman et enfin, à la mi-juillet 1834, Van den Broeck releva le n° 12.
Tous ces bâtiments, y compris celui capturé devant Sainte-Marie, furent armés de cinq canons, un de 24 à l'avant, deux de 6 à l'arrière, deux caronades sur les flancs. La canonnière n° 5 reçut une pièce à la Paixhans (tirant des obus) ; on prévit semblable armement pour les autres constructions récupérées. Les équipages se composèrent de vingt-cinq à trente hommes placés sous les ordres d'un enseigne. Les embarcations servirent à interdire le passage dans les polders inondés par des coupures pratiquées dans les digues par l'ennemi en 1831 et 1832 ; des avant-postes maritimes furent établis sous les forts La Croix et La. Perle.

Les initiatives de nos marins forcèrent la ,main aux opposants : par suite des relèvements opérés, il fallut prévoir des traitements et des soldes pour six lieutenants de vaisseau commandants, un lieutenant de vaisseau chef de division, huit enseignes, douze aspirants de 1re classe, douze de 2e classe, douze comptables, deux aides-majors, quatre sous-aides, douze maîtres d'équipage, douze de canonnage, quatre cent nonante matelots de trois classes, soixante mousses ; au total : 645 hommes. A défaut d'école de marine, chaque bâtiment reçut un aspirant de 2e classe, mais on supprima la compagnie des marins (« Belgique marintjes ») et leur capitaine, Claeys F.-A., vieux loup de mer des guerres de la Révolution et de l'Empire, passa sur la canonnière n° 7.

Au début de l'année 1834, notre flottille comprenant quatorze bâtiments, était répartie comme suit : le brigantin Quatre Journées et deux canonnières au fort La Croix ; le Congrès et dix canonnières en rade d'Anvers. Le budget de la Marine mentionne en outre une corvette, vraisemblablement le vieux James Scott, qui servait de caserne flottante à la compagnie des marins. Le Congrès était « bâtiment amiral » si l'on peut dire.

                                                                                

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